Situé à la limite des bans communaux d'UFFHOLTZ et de WILLER-SUR-THUR, le lieu-dit Thomannsplatz (909 mètres) est occupé par les troupes françaises dès le 14 août 1914. Arrivant du col du Sudel, en passant par le Freundstein, deux sections du 22ème Bataillon de Chasseurs Alpins bivouaquent au Thomannsplatz, important carrefour de chemins d'où l'on peut atteindre sans difficultés WILLER, BITSCHWILLER, THANN, VIEUX-THANN, STEINBACH, UFFHOLTZ, WATTWILLER et le sommet voisin du Molkenrain. Ils assurent ainsi l'arrière-garde lors de l'opération de libération de THANN du 15 août. Entre septembre et octobre 1914, les patrouilles ennemies se croisent dans le secteur. Les patrouilles allemandes descendent régulièrement vers la ferme de l'Ostein à WILLER, tandis que les français effectuent des missions vers Ste-Anne à JUNGHOLTZ.
Le 25 octobre 1914, l'état-major français craignant une nouvelle attaque allemande, et se rendant compte de la position-clé de ce carrefour, une section du 68ème B.C.A. est laissée au Thomannsplatz. A compter de ce jour, le lieu sera tenu en permanence par les troupes françaises. L'Observatoire du rocher de l'Ostein situé à 100 mètres est aussi appelé à jouer un rôle important.
Le 20 décembre 1914, le commandant Colardelle du 5ème BCA établit son PC à Thomannsplatz et est rejoint sur place par les personnels de l'ambulance divisionnaire de WILLER. Thommansplatz accueillera dorénavant un poste de secours. Le 25 décembre 1914, une section du génie est dépêchée sur le site pour aménager l'implantation de cette unité sanitaire et procéder à la défense de ce carrefour qui devient un transit de ravitaillement en vivres, cartouches et munitions. A la mi-mars, les lieux sont dotés d'une ambulance chirurgicale et d'une section d'hospitalisation (abri de 24 lits pour blessés intransportables). A la même période, le petit cimetière C de Willer-Thomannsplatz va être aménagé.

A partir du 27 avril 1915, 1200 civils ont été requis pour construire et aménager les routes de montagne et les chemins de la zone d'action de Thommansplatz. Le lundi 09 août 1915, le président de la République Raymond POINCARE, en visite sur le front avec le général SERRET, fait une halte au carrefour stratégique de Thommansplatz où ils déjeunent. Le 1er octobre 1915, le commandement de l'artillerie du Groupement du Secteur Sud s'installe au camp de Turenne. C'est à cette date que la Thommansplatz devient officiellement Camp Turenne.
A la fin de l'année 1915, des bâtiments sanitaires en dur sont construits à flanc de montagne pour offrir un maximum de confort et de protection. Le complexe comporte : une cuisine, un dortoir à deux étages pour les personnels soignants, un abri muletier, une source d'eau, une infimerie, un hôpital chirurgical de campagne de 80 lits. Du 21 décembre 1915 au 02 janvier 1916, 2698 blessés ont transité au Camp Turenne dont 774 pour la seule journée du 22. Malgré les soins, 158 corps furent inhumés au cimetière voisin.


Au mois de mars 1916, l'état-major français prit la décision de construire un câble aérien (modèle Ceretti et Taufin sorti des ateliers de La Courneuve) depuis le fond du vallon du Baerenthal jusqu'au camp Turenne. La liaison fut mise en service le 17 octobre 1916 sur une longueur de 1305 mètres, pour un dénivelé de 345 mètres. Les bennes de transport d'une capacité d'emport de 300 kilos chacune permettaient l'approsionnement quotidien d'environ 40 tonnes de matériel. 85% du ravitaillement nécessaires aux unités en position étaient récupérés dans les dépôts aménagés au camp Turenne, qui devenait à cet instant un centre d'approvisionnement logistique de première importance. A partir de mars 1917, le nombre de bennes de transport fut doublé passant de 2 à 4 et l'approvisionnement fut ainsi porté à 70 tonnes par jour.
En juillet 1916, le Camp Turenne reçut plusieurs unités de la 52ème D.I., puis à partir du 16 novembre, de la 46ème D.I.. A partir du 07 décembre 1916, l'Etat-Major de la 7ème Armée obtint le retour de la 66ème D.I. après l'annonce de l'arrivée d'importants renforts ennemis sur le front Sudel - Grand Ballon.

Le camp Turenne voit encore son rôle s'accroître avec la réorganisation de son central téléphonique et se sont 54 lignes directes qui assurent les liaisons téléphoniques vers les différents points du secteur. A compter de 25 novembre 1917, le camp est désigné pour accueillir l'implantation d'un dépôt de vivres de secteur où 10000 rations seront disponibles pour ce secteur sud de l'Hartmannswillerkopf. Au même titre, il devient un dépôt avancé du Parc d'Artillerie Divisionnaire (P.A.D.) où seront stockées environ 540000 cartouches et 10000 grenades. Il sera utilisé également comme centre d'approvisionnement de sûreté des premières et deuxième positions d'artillerie du secteur. Pour assuré la protection de ce ravitaillement, le camp reçu un renfort d'un bataillon de chasseurs, d'une compagnie de mitrailleuse et de deux batteries d'artillerie de montagne. En février 1918, le camp Turenne devint ainsi un centre de résistance vital et le 8ème Groupe de Chasseurs y fixa son P.C. le 10 février.
Entre le 09 et le 17 mars 1918, le secteur Turenne fait face à une offensive allemande notamment par des tirs de barrage et de destruction de l'artillerie. Les 16 et 17 mars 1918, le camp Turenne est bombardé sans arrêt durant 43 heures, occasionnant des dégâts au câble, aux voies d'accès, au central téléphonique ainsi qu'au poste de commandement, lequel doit être transféré en urgence au camp Wagram voisin. Il a été dénombré 05 morts à Turenne ainsi que de nombreux blessés, qui malgré les tirs, ont pu être descendus sur les hôpitaux de MOOSCH et SAINT-AMARIN. A partir du 25 mars 1918, la vie redevient normale au Camp Turenne.
Stèle actuelle au camp Turenne avec remise état du mât des couleurs par les membres de l'Association des Amis du Hartmannswillerkopf
Commentaires
1 sigaud daniel Le 13/11/2017
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